Débat législatives – 18 mai 2022 – Partie 5 : Environnement et Agriculture

Inondation, gel, incendie, sécheresse, notre territoire est sujet à toutes les calamités écologiques. Comment défendre nos agriculteurs et nos terres à l’Assemblée nationale ?

 

Julie Lechanteux : “Beaucoup de choses à dire au sujet de l’agriculture et surtout pour nos agriculteurs. C’est triste et on ne le dit pas assez, c’est 400 à 500 agriculteurs qui se suicident chaque année faisant donc la catégorie professionnelle la plus touchée par le suicide. La balance commerciale et agricole de la France est déficitaire de plus de 4 milliards d’euros, or vin et spiritueux, qui sont englobés dans les chiffres, et donc on ne parle pas de ce déficit de 4 milliards d’euros. Il y a des pays qui eux subventionnent leurs agriculteurs, on peut prendre l’exemple de la Suisse qui donne un montant annuel de 805 euros par an par habitant aux agriculteurs. Nous avons derrière, le Japon, les États-Unis, la Norvège et ensuite bien derrière nous avons les pays de l’Union européenne qui allouent seulement 220 euros par an par habitant aux agriculteurs. Donc il y a là un gros gros effort concernant nos agriculteurs, il faut évidemment lutter contre la stratégie néfaste du Green Deal, le pacte vert imposé par l’Union européenne qui a gravement  menacé la souveraineté alimentaire de pays de l’Union européenne, sujet prégnant en ce moment avec la guerre aux portes de l’UE et particulièrement en France. Ces règles imposées par le Green Deal, soi-disant environnementales, qui imposaient par exemple des terres en jachère ont encore contribué à diminuer notre production française et provoque jusqu’à 20% d’augmentation des importations issues des pays non membres, hors de l’Union européenne. Ils nous mettent donc dans une situation de crise alimentaire et de risque de pénurie, d’autant plus importante aujourd’hui. Il faut évidemment exclure l’agriculture des traités de libre-échange, là encore ,traités de libre-échange imposés par l’UE qui permettent d’importer des produits qui ne sont pas aux normes françaises. On pense à la viande qui vient de l’autre bout de la planète, en Amérique latine, en plus traitée aux OGM, etc., avec le transport des animaux vivants dans des conditions ignobles et là aussi on parle d’écologie, etc., qui arrive avec des cargos super-polluants, c’est tout ce qu’il ne faut pas. Et là, on a le groupe de la majorité du gouvernement actuel qui vote tous ces traités de libre-échange au sein de l’UE. Il faut interdire les importations de produits agricoles qui ne respectent pas les normes de production française. Nous avons la chance d’avoir des normes françaises hautes. Je dis que c’est une chance parce que c’est préserver directement la santé des êtres humains. Quand on mange des produits de qualité alors notre santé est préservée. Parce que même à l’intérieur de l’UE les normes ne sont pas les mêmes alors nous avons des citrons qui viennent d’Espagne qui plein de pesticides et qui sont vendus bien moins chers que les citrons français. Donc vous voyez qu’il y a beaucoup à faire dans ce domaine. Concernant les aléas climatiques, il y a un problème également d’assurance. Les assurances se sont révélées très insuffisantes, inertes voire inactives, pour couvrir efficacement les différentes pertes et restent très très très coûteuses pour les agriculteurs, ces assurances qui ne remboursent rien aux regards des seuils de déclenchement en plus des indemnisations. Il faut réorganiser le système d’assurance, ce système d’assurance. Il faut le réorganiser totalement. Il faut obliger les assurances à assurer les agriculteurs, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui. Ils ne trouvent plus d’assurance. Afin de les rendre réellement accessibles à nos agriculteurs et afin de l’adapter aux spécificités des différentes productions et des aléas climatiques. Il faut également arriver à faciliter le stockage de l’eau avec la création de réserve d’eau, ce qui n’est pas permis aujourd’hui, la loi ne le permet pas et la mise en place d’irrigation adaptée aux enjeux environnementaux. On est directement touchés ici pour assurer l’avenir des productions agricoles.

Baptiste Laroche : La question de l’agriculture c’est le cœur de notre pays parce que pendant des siècles les agriculteurs ont transformé notre territoire, en Bourgogne, enfin les agriculteurs ont transformé notre territoire pour nourrir les Français. Aujourd’hui avec l’Europe, avec la mondialisation, les agriculteurs sont complètement étouffés par cette concurrence déloyale. Il y a d’abord la concurrence déloyale des pays étrangers et il y a aussi les normes européennes qui viennent complètement étouffer les agriculteurs, ça leur coûte énormément d’argent de transformer leurs laboratoires, de les mettre aux normes tous les ans, tous les deux ans, ça coûte énormément d’argent. Madame Lechanteux, vous parlez de subventions, moi je préférerais que les agriculteurs puissent vivre de leur travail et pour ça il faut contraindre les supermarchés à mettre le prix en fonction de l’agriculteur. C’est-à-dire qu’il faut vraiment que l’État soit un intermédiaire pour le prix de vente et que ce ne soit pas le supermarché qui décide du prix parce que sinon l’agriculteur, et c’est le cas aujourd’hui, est complètement soumis à ce marché. Alors c’est pour ça, une subvention c’est bien dans un premier temps, mais ce n’est pas suffisant, il faut vraiment que l’agriculteur puisse vivre de son travail. Deuxièmement, la concurrence déloyale, je le disais, il faut mettre en place une taxe carbone à nos frontières pour que des fraises qui viennent de l’étranger aient le même prix que des fraises qui viennent de chez nous. Comment voulez-vous qu’un agriculteur français puisse rivaliser avec un agriculteur espagnol où la main d’œuvre, ou le prix du travail est moins cher ? C’est impossible. Pour cela, il faut favoriser l’alimentation et les circuits courts. Il faut que l’administration donne l’exemple avec toutes les restaurations collectives, les cantines dans les écoles c’est déjà le cas principalement, mais il faut que l’administration, elle se fournisse de manière locale, pour soutenir les agriculteurs. On n’a pas besoin de pêcher un poisson en Méditerranée, de le congeler en Chine, de le cuire en Norvège pour le vendre à Paris ou quelque part. On a ce savoir-faire sauf qu’on est en train de le perdre parce que la concurrence déloyale a étouffé nos agriculteurs. Donc il faut relancer les écoles de formation, la boucherie par exemple qui est un vrai savoir-faire français pour que le savoir-faire reste dans notre pays, pour que l’alimentation reste dans notre pays. C’était l’objet de mon dernier point, les calamités écologiques, Madame Lechanteux vous proposez des assurances c’est très intéressant. Alors effectivement, les assurances ont des problèmes parce qu’elles ont du mal à venir en aide aux agriculteurs, elles refusent c’est une question politique. Nous, nous proposons la création de fonds de soutien pour le gel ou venir aider les agriculteurs, par exemple en Bourgogne, le gel a détruit énormément de cultures et ça met à mal tout un secteur d’économie donc pour soutenir ces agriculteurs nous proposons la mise en place d’un fonds de soutien et de financement.”

 

Philippe Michel-Kleisbauer : Sur les agriculteurs et notamment dans notre Plaine de l’Argens, au-delà d’avoir été là présent avec eux lorsque par exemple il y a eu le gel en avril 2021, nous avons fait des aides de secours immédiat, et l’été qui a suivi nous avons pour tous ceux en France qui avaient été victimes de ce gel une enveloppe de 600 millions d’euros. Nous avons surtout pendant l’année 2021 obtenu et négocié une politique agricole commune qui est la plus puissante que les agriculteurs français n’aient jamais eue. Il suffit d’aller les voir pour leur demander. Et en ce qui  concerne les traités de libre-échange que vous disiez Madame Lechanteux, sachant que nous n’avons pas ratifié et nous ne le ferons pas sur le MERCOSUR. Le libre-échange, comme son nom l’indique, c’est le libre-échange. C’est que ça permet aussi à des agriculteurs français d’exporter et si nous sommes numéro un mondiaux dans des tas domaines c’est parce qu’aussi nous avons ces contrats de libre-échange. Alors, qu’il faille se prémunir de certains types de produits, je suis d’accord, mais arrêter le libre-échange, moi je suis un libéral je suis pour ce libre-échange. Pour ce qui concerne les catastrophes, les calamités, et là, je vais vous donner un exemple typique de ce qu’un parlementaire, un député peut faire pour son territoire. En septembre 2018, le sous-préfet d’arrondissement m’a saisi, et son appel a été doublé du président de la communauté d’agglomération de l’époque, en disant “Bon voilà, on va être obligé d’annuler le budget de l’agglomération parce qu’il prévoit des recettes sur une taxe qui ne peut être prélevée de part la loi qu’à partir du 1er janvier 2020, c’était les lois sur les PAPI, avec mon groupe parlementaire nous avons profité d’une IG parlementaire avec Marc Fesneau qui était président du groupe, pour que le mois d’après, au mois de novembre nous votons par la loi une anticipation de cette possibilité des collectivités de percevoir la taxe GEMAPI et c’est entrée en application au 1er janvier 2019, ce qui fait que depuis 2019, Docteur Morin, les collectivités peuvent prélever des taxes et ont beaucoup d’argent pour lutter contre les inondations. La question de La Palud, dont vous parliez, je la connais bien parce que la dernière inondation que j’ai gérée quand j’étais au cabinet du maire de Fréjus, c’était en 2006 pour moi, et on était déjà sur des planifications de travaux qui aujourd’hui 14-16 ans après ne sont toujours pas faits. J’entends que certains dossiers sont bloqués parce que la DTTM trouve des obstacles et même certains qui me surprennent aussi, mais il y a aussi beaucoup d’autres dossiers, d’autres travaux au programme du SMA qui pourraient être réalisés et aujourd’hui l’argent est là. Donc tout n’est pas bloqué, j’entends que l’administration peut à un moment donné avoir raison ou pas de bloquer les dossiers, mais qu’on pourrait avancer sur ce qui est aujourd’hui achevé en termes d’étude et finançable parce que l’argent est là.

 

Jean-Marc Maurin : je serai bref en fonction du temps. Ma formation médicale est assez pragmatique. Il y a un diagnostic, on fait l’état des lieux, il y a une conduite à tenir, on fait un traitement. C’est vrai et vous l’avez revendiqué, vous êtes, et ce sans attaque personnelle, au cœur de l’Assemblée nationale pour faire les lois. C’est vrai que l’Assemblée nationale c’est important, mais c’est important pour moi aussi qui candidate. Sur le terrain j’y étais, car je suis quelqu’un de terrain. En 2010, je suis resté bloqué 4 jours sur le rocher de Roquebrune. Mes filles ont failli mourir avec la vague à Saint-Aygulf. Une fois que je suis sorti, j’ai soutenu les agriculteurs dont les terrains avaient été balayés par l’Argens. Ce sont des choses concrètes, il faut aider les gens et stopper ça. Il y a une double activité, car les agriculteurs je les ai rencontrés comme j’ai rencontré les industriels de La palud et voilà ce qu’il en ressort : il y a un double traitement. L’Argens doit être libéré de son cours, Madame Lechanteux le disait, de manière régulière. Certains agriculteurs ont déjà fait énormément de travaux pour baisser le cours de l’Argens donc ça permet de diminuer les variations brutales, mais il y a d’autres problèmes au niveau de la plaine de l’Argens qui est d’une autre manière. Une montée progressive qui pourrait être anticipée à partir de Draguignan et qui laisse aux agriculteurs une heure de temps de réponse pour mettre en sécurité leurs biens et les personnes. Leur interdire de construire et aménager sur les terres les plus fertiles d’Europe c’est quand même une aberration législative. On le voit bien le long du Reyran, il y a des habitations sur pilotis, des zones de sécurité des matériaux agricoles, les choses sont possibles, mais il faut sortir de ça et répondre sur le terrain. Un dernier mot : La palud c’est 240 entreprises, 1800 emplois directs. Mettre en danger et leur empêcher de payer leur assurance parce qu’il y a des inondations permanentes, il faut résoudre ce problème. Vous avez dit 2006, on est en 2022, donc 16 ans que cela ne bouge pas. Moi à l’Assemblée, j’essayerais de faire bouger les choses. 

 

Joël Hervé: Le professionnel de la politique (PMK) vient tout simplement de nous dire que ça fait 16 ans et que pratiquement rien n’a été fait. J’ai vu dans le journal qu’on avait creusé un petit peu, 2m50, dans le lit de l’Argens pour gagner un petit peu, c’est très bien, mais ce n’est quand même pas grand-chose. Il ne faut pas qu’on oublie qu’en un demi-siècle, la population a doublé et sa consommation a été multipliée par six, c’est ça aussi le problème. Cela touche les agriculteurs, mais ça touche chacun d’entre nous et la totalité de la population terrestre. Puisqu’en 2035, on aura une hausse de la température et de l’eau et face à cela, il faut que l’on bouge beaucoup plus rapidement. Ce n’est pas pour rien si l’État français a été condamné deux fois  par tribunal administratif pour insuffisance de prise en charge des risques climatiques et par le Conseil constitutionnel. Si on veut protéger la vie, il faut forcément faire un diagnostic précis : quantifier, mesurer, regarder ce dont les Français auraient besoin en 2050 et comment vont-ils vivre en 2050 et à partir de là, on remonte la chaîne et on décide. L’État et les administrations ont fait le boulot, elles ont demandé à ce que notre communauté d’agglomération fasse un plan climat air énergie territoriale en 2014. il a été rendu en retard quelques années plus tard avec comme appréciation du ministère : non-quantifié, non-désiré, traité trop légèrement. Madame Lechanteux vous avez voté ça en 2014, vous étiez à la CAVEM ? Donc il y a des gens qui sont au pouvoir, qui décident localement et nationalement et qui ne les ont pas prises. Et ce retard nous le traînons tout le temps. Actuellement, nous sommes à environ un degré de l’augmentation de la température. On sent déjà qu’il fait un peu chaud. Ça veut dire qu’on a déjà -20% de production de blé en France avec 1,2 degré. On sait qu’on va à 2 degrés en 2035, c’est incontournable, et ce chiffre c’est déjà la catastrophe. Cela veut dire que les vieux cassent leur pipe beaucoup plus tôt, que les gens qui sont malades vont avoir des soucis de santé importants, on va tous être impactés. Si c’est 3 degrés, le permafrost des gels dans le sud de chez Poutine, le méthane et les virus vont sortir et on ne sait pas du tout ce qu’il y a là-dedans, car ce sont des virus quand on voit ce qu’il s’est passé pour la covid, c’est la catastrophe. D’une certaine façon, la covid actuelle c’est triste à dire, mais cela nous prépare à ce qu’il va arriver si l’on ne fait rien. Donc, en ce qui concerne l’agriculture et les territoires, c’est en fait pollueur/payeur. Quand on achète une bouteille de vin à 10 euros, on ne paye pas le vrai prix, car c’est aussi la destruction biologique des sols, le dépeuplement rural, car les populations se vident. Il faut retourner à un vrai prix à la production et cela ne peut pas se faire sans prendre en compte un accompagnement des agriculteurs, car comme je le disais tout à l’heure, on doit pouvoir prendre 5% de fiscalité européenne en plus pour pouvoir aider tous ces gens-là.

 

Jean-Marc Maurin : je reste centré sur le territoire , il ne faut pas oublier les feux de forêt qui sont un cataclysme sur notre région, on voit la sécheresse comme le disait Joël Hervé, il y a une montée en température parfois reproduite à n’importe quel moment de l’année. On a vécu des feux terribles cet été encore de gonfaron jusqu’à Saint-Tropez, c’est dramatique. Il faut renforcer les moyens. Hier ou il y a deux jours, près du Colombier et du Montourey, les deux campings, 5 véhicules du SDIS, plus d’un hectare brûlé légèrement excentré du centre-ville, mais quand même ce sont des menaces. Il faut renforcer les équipements, le SDIS, les soutenir et faire des plans de prévention des incendies.

 

Charles Malot : Pour revenir à la question de la défense des agriculteurs et de nos terres, il faut préserver les terres. Il faut geler l’urbanisation des sols, c’est-à-dire que les terres agricoles restent agricoles avec un non-déclassement de ces terrains. En deuxième lieu, il faut aussi développer les alternatives à la fertilisation de synthèse comme les cultures de légumineuses, les légumes secs, après il faut changer l’agriculture en poursuivant sur le développement de l’agriculture biologique: c’est un mode de production ayant recours à des pratiques culturales et d’élevages soucieuses du respect de l’équilibre naturel ce qui exclut les OGM et les produits chimiques de synthèse et il faut aussi diminuer le poids des intrants?. Par conséquent soutenir les installations et transmissions en bio.  Par rapport aux FEADER, il faut supprimer les fonds au niveau des élevages industriels et les réorienter vers les aides aux légumineuses légumes fruits et élevages durables. Il faut multiplier les fermes pédagogiques pour les enfants et qu’ils comprennent que leur avenir c’est l’agriculture bio et se fixer un objectif ambitieux en matière d’agroforesterie: cela désigne les pratiques nouvelles et anciennes associant arbre, culture et animaux sur une même parcelle, comme l’agrosylviculture ou les systèmes sylvopastoraux et autrement je veux parler d’un sujet qui me touche particulièrement : la lutte contre les dépôts sauvages. Ici dans le Var, cette problématique a entraîné la mort d’un maire en 2019 et il est difficile de lutter contre cela, mais il faut trouver des solutions innovantes, changer la loi, je pense, faire de la surveillance par drone ou mettre ne place plus de caméra sur les routes pour prendre le poids des véhicules sur les routes pour voir s’ils déchargent le poids de leur chargement au cours du trajet. Néanmoins, si je ne veux pas accabler les artisans, il y a aussi le fait qu’ils ne peuvent pas forcément aller dans les déchetteries où ils le souhaitent quand ils font un chantier loin de leur entreprise, alors il faut leur permettre d’accéder à toutes les déchetteries pour simplifier leur situation. 

 

Julie Lechanteux : Monsieur Philippe Michel, vous vantiez tout à l’heure les mérites de la PAC de l’UE, il faut quand même insister sur le fait que le crédit de la PAC destinée aux agriculteurs, ont été réduits de moitié ces dernières années alors que la contribution de la France à l’UE est d’environ 26 milliards, on en récupère que 12. Il y a donc une perte de 14 milliards, imaginons avec cette perte ce qu’on pourrait faire pour soutenir nos agriculteurs pour qu’ils puissent s’armer contre les aléas climatiques : par exemple les systèmes d’irrigation dont je parlais tout à l’heure et bien d’autres choses. L’État doit évidemment renforcer l’aide aux installations des jeunes agriculteurs, pour cela il faut réserver les terres agricoles en priorité aux agriculteurs et mettre fin à l’utilisation des terres agricoles pour des projets d’urbanisation où j’ai un exemple typique local. L’implantation au Muy de la future prison sur des terres agricoles cultivées réquisitionnées pour l’installation de cette prison. Là aussi pour la protection de nos agriculteurs, on a beaucoup de choses à faire. 

 

Joël Hervé : Il faut entretenir les forêts qui sont des puits de carbone. Actuellement on avait 16 000 fonctionnaires de l’ONF pour s’occuper des forêts, ils sont maintenant 9000, on privatise le service public et on force les personnes de l’ONF à faire des coupes commerciales qui abîment nos forêts. Sur les zones humides, il est indispensable de savoir que c’est 27% de notre biodiversité, quand on voit ce qu’on a construit sur la palud, même si c’est une erreur passée, forcément quand on construit autant d’entreprises sur un territoire marécageux, il faut s’attendre à ce qu’il y ait des inondations. En ce qui concerne les agriculteurs, n’oublions pas quand même ce qui est fait en France, 55% des aides aux agriculteurs dans le cadre de la PAC ne touchent que 20% des agriculteurs . Donc ce n’est pas anormal que les petits agriculteurs qui pourraient faire de l’agroécologie sur leur territoire avec une agriculture de proximité et de qualité soient desservis et cela évoque les difficultés qu’ils ont et les suicides dont parlait Madame Lechanteux tout à l’heure.

Débat élections législatives – 18 mai 2022 – Partie 1 : Éducation et jeunesse

Éducation/Jeunesse. Face à l’absence d’établissements d’enseignement supérieur, comment lutter contre la fuite de la jeunesse du territoire vers les grandes métropoles et ainsi garder nos jeunes ?

 

Charles Malot : Tout d’abord je suis très content d’être là avec vous et de commencer sur ce sujet important. Notre territoire n’a pas d’université propre, il dépend de l’université de Toulon et nombreux sont les étudiants à partir vers les universités de Nice, Aix-En-Provence, Marseille ou ailleurs pour faire leurs études. Nous avons un territoire pas assez grand pour avoir une université complète, mais les solutions sont multiples. Nous pouvons créer des antennes, comme c’est déjà le cas avec des formations qui peuvent évoluer selon les conjonctures économiques afin de donner des débouchés aux étudiants, car rien n’est pire qu’un étudiant qui se forme dans une discipline pour laquelle il ne trouve pas de débouchés. Aujourd’hui, je constate sur le département que nous faisons l’inverse : on concentre tout à Toulon, notamment l’IFPVPS et le projet Montety 2023. Il faut, en plus de ces antennes locales, développer les formations en ligne qui sont aujourd’hui en explosion. Ma suppléante est d’ailleurs en train de faire une formation en ligne, de chez elle, dans le domaine de la décoration d’intérieur. Concernant le sujet de l’éducation, je pense qu’il faut mettre un paquet sur l’orientation dès le lycée, car rien n’est pire qu’un étudiant qui se trompe d’orientation. Je peux en parler, car j’ai fait quatre années de médecine avant de me réorienter vers le droit et j’ai perdu à chaque fois un peu de temps et je ne souhaite cela à personne.

 

Jean-Marc Maurin : Ce sujet est majeur comme le dit monsieur Malot. Le fait de ne pas avoir de structure localement est très problématique, mais justement, je pense que la réponse est aussi dans la question posée. Il faut créer localement des formations post-bac. En gros, 30 % de nos enfants de notre secteur restent sur le sable, donc n’ont que des petits métiers de suppléances, des petits métiers comme les plages l’été, des métiers d’à propos ou d’intérimaires. Ce n’est pas une bonne chose, il faut s’inscrire dans une dynamique territoriale sur le terrain. Par exemple, il va y avoir l’école hôtelière de l’excellence sur Saint-Raphaël. Il faut derrière décliner par exemple, post-bac, des métiers du tourisme et des métiers de la restauration. Cela sera le pendant, et fidélisera des jeunes sur le territoire avec une formation supérieure et cela fera un vrai lien à double composant. Il faut aussi faire des formations supérieures pour intégrer des entreprises de renom comme Thalgo, Intexalu, etc. Mes deux filles sont parties ailleurs, très tôt, car il n’y avait rien sur place. C’est le lot de beaucoup de parents. Il faut garder nos enfants sur le secteur, du moins une partie sur ce qui est réalisable. Un post-bac ingénieur sur les énergies renouvelables me paraît une très bonne chose. Enfin, je proposerai une université de la Mer. Il y a deux formations post-bac très importantes : une sur la méditerranée ou il n’y a qu’un seul site à Sète, il y a les métiers de la mer, avec une vocation de pêcheurs. Il y a beaucoup plus à faire avec notre méditerranée qui est une mer fermée très polluée. Une benne de plastique est déversée chaque seconde dans la mer, il faut en prendre conscience. Cette université serait à visée de protection et de préservation de la méditerranée, avec recherche fondamentale et appliquée, et un objectif de dépollution. Ce n’est pas contradictoire, mais complémentaire. J’abhorre ce que vous dites sur le fait que nous sommes obligés de changer de faculté, et je regrette que vous ayez laissé tomber la médecine, car j’ai tout fait pour y aller dans mes jeunes années. Je pense qu’effectivement il faut des formations adaptées au territoire, mais aussi une intégration possible pour dynamiser le secteur.

 

Joël Hervé : en 2019, pour les municipales, notre projet consistait effectivement à ouvrir un campus sur l’agglomération. 115 000 habitants, pratiquement rien pour les étudiants dans le niveau du supérieur. Et puis ce qui a été dit, c’est-à-dire aller loin quand les enfants sont dans le premier cycle, c’est un petit peu compliqué. Alors je m’interroge sur ce qu’on fait nos élus depuis 2014, pourquoi ils n’ont rien fait, pourquoi ils n’ont rien demandé. Tout cela au sujet de l’université, mais il y a aussi l’enseignement supérieur plus pratique. Nous avons besoin d’IUT, de BTS en nombre plus important. Je pense que nous sommes déjà confrontés à une nouvelle industrie qui pourrait avoir sa place dans notre agglomération, c’est-à-dire le développement de l’intelligence artificielle, des 3D, des robots. Ce sont des industries qui sont absolument nécessaires et qui devront être couplées avec l’enseignement supérieur et ses formations professionnelles. Il est nécessaire également de mettre en place dans ce campus une programmation de reconversion pour les professionnels qui sont actuellement au chômage et qui n’ont pas de facilité pour retrouver du travail. Tout ce pack-là devrait impérativement être installé dans notre agglomération. J’avais évoqué la fusion des communes pour qu’une seule agglomération de 115 000 habitants puisse peser face à un ministère, car c’est un rapport de force entre l’éducation nationale et les élus locaux. Cela n’a pas été fait et c’est embêtant. C’est un peu comme si on voulait laisser un certain nombre de nos enfants sans véritable formation. Effectivement, c’est de l’ordre du tiers des adolescents qui sont dans cette situation, c’est embêtant. Je ne sais pas si nous pouvons en parler là, mais nous ne pouvons pas faire l’impasse sur le cadre général et national. Nous avons actuellement divisé par deux en quinze ans le nombre de conférenciers. C’est dramatique. Cela veut dire que la France ne se projette pas. On a supprimé 3000 postes du CNRS, c’est dramatique et si on regarde ce qu’il se passe dans les lycées, c’est-à-dire juste avant, nous avons un ministre qui a mis en place une réforme des lycées en faisant en sorte que 41 % de nos élèves de terminale n’aient aucun enseignement de mathématiques. C’est un scandale total. De quelle façon allons-nous pouvoir entrer en compétition avec les autres de l’UE et du monde entier ? Donc nous avons des lycées qui ne peuvent pas préparer correctement les élèves, et les enseignants en souffrent parce qu’ils n’ont pas les moyens de faire ce qu’ils veulent faire, ils ont des salaires dérisoires, la société commence à dire que ça ne va pas très bien pour eux, mais finalement on assèche les moyens donnés à l’éducation nationale pour dire après que cela ne fonctionne pas bien et donc nous allons faire des universités libres, des écoles privées, etc. D’ailleurs c’est ce qu’il se passe : l’école hôtelière dont vous parlez est une école privée. Nous aurions tout à fait pu créer une structure publique avec un enseignement qui ne soit pas payant, car les charges étudiantes sont déjà importantes.

 

Julie Lechanteux : Bonjour à tous, merci au journal L’horizon Estérel Côte d’Azur d’avoir organisé ce débat. Les métropoles, on le sait, absorbent tous les budgets et les infrastructures. C’est un vrai problème et c’est pour cela que nous, au rassemblement national, nous luttons contre la métropolisation et que nous sommes pour un rééquilibrage des territoires, dans tous les domaines d’ailleurs. Tous ces choix sont évidemment politiques et il appartient à l’État et donc au gouvernement de pallier à ce désert de l’enseignement supérieur. Évidemment nos maires sur le territoire n’ont eu de cesse de se battre pour implanter des établissements d’enseignement supérieur. Il a été notamment proposé des emplacements comme la base nature, mais tout cela se fait avec l’État qui n’a absolument pas accompagné nos élus locaux dans ce domaine comme dans d’autres. Il manque une véritable volonté politique. Je viendrais donc, si j’étais élu, en appui au projet de ces établissements d’enseignement supérieur sur le territoire en concertation avec les maires. Un autre point essentiel : il manque des logements pour les étudiants. Trois étudiants sur quatre ont du mal à se loger. Il manque quasiment 250 000 logements étudiants en France. Cela serait un véritable projet — pour nous dans un territoire saisonnier où nous manquons de mains d’œuvre l’été — que nos étudiants qui ont du mal à se loger, à se nourrir, à vivre tout simplement puissent travailler l’été. On gagnerait en mains d’œuvre ce qu’il nous manque cruellement de nos jours. Ces logements étudiants occupés à l’année pourraient être mis à disposition de ces personnes pour travailler l’été.

 

Baptiste Laroche : La question de l’éducation et de la jeunesse est importante aujourd’hui. Les jeunes partent dans les grandes métropoles pour aller faire leurs études. Il y a la question du retour aussi, quand ils reviennent travailler ici. La question des petites et moyennes métropoles comme Fréjus a été la grande absente de la dernière présidentielle. Ces villes de 30 à 50 000 habitants qui sont le cœur battant de notre pays. Nous sommes d’accord qu’il faille implanter des universités, des BTS ou autres dans ce genre de territoire, il faut soutenir ces initiatives. Mais il y a un sujet important : une fois que ces jeunes ont terminé leurs études, ils doivent se loger et travailler. Ici le logement est très cher, il faut donc absolument développer les logements sociaux qui doivent être en priorité fournis pour les jeunes fonctionnaires et les jeunes qui travaillent sur ce territoire. Souvent les jeunes ont du mal à acheter et la question de l’achat pour les primo-accédants est le deuxième point que je souhaite aborder. Il faut que l’État soutienne les jeunes qui veulent acheter, car aujourd’hui c’est un acte courageux d’acheter, les banques et les acheteurs ont peur, le marché est tendu. Il faut soutenir les jeunes qui veulent acheter pour la première fois et surtout qui veulent revenir sur leur territoire. Après être parti pour des études à Lyon, Paris, Marseille ou Nice, il faut revenir sur son territoire et il faut pouvoir acheter. Pour cela nous proposons une déduction d’impôts sur le revenu pour tous les primo-accédants pour que leur achat ne soit pas étouffé par des impôts trop élevés.

 

Philippe Michel-Kleisbauer : Merci pour cette invitation et pour cette clarté des débats. Je voudrais tout d’abord repréciser que nous sommes sur un débat d’une élection législative et donc ce n’est peut être pas la peine de refaire le débat des municipales. Je ne suis pas dans la majorité municipale d’une ou l’autre des communes citées, mais ils ont été élus et je ne ferai pas de reproche sur ce qui ne dépend pas d’eux et cela a été dit au cours du débat. Sur ce qui est du ressort du parlementaire que chacun d’entre nous ici peut devenir, c’est de voter des lois, contrôler l’action du gouvernement, ou de forcer – comme disait madame Lechanteux – auprès de ceux qui revendiquent quelque chose. La première des choses concerne les moyens que nous aurions pour sédentariser la jeunesse ici sur un enseignement post-bac. On est d’accord avec le docteur Maurin, ce n’est pas seulement garder les jeunes, mais garder ceux qui veulent rester, car nous sommes aussi ouverts à ceux qui veulent faire des études loin, et j’avais proposé que l’on fasse des mécanismes de bourse, que nous ne faisons pas localement, pour aider ceux qui auraient l’occasion d’aller faire Harvard ou Cambridge de le faire. La première des choses est la formation professionnelle et vous l’avez dit. C’est très important, nous avons abondé énormément d’argent, je travaille beaucoup en lien avec la mission locale et Claude Fournet qui en est le président. Je regrette d’ailleurs que celle-ci se soit vu diminuer la subvention annuelle qu’elle reçoit de l’agglomération. Je comprends que l’agglomération veuille lui donner à peu près ce que les autres missions locales reçoivent, mais dans ces temps de tension que nous vivons, et vous l’avez dit madame Lechanteux, sur notre territoire, notamment à trouver des emplois qualifiés pour la saison, nous sommes là au début d’une saison avec des professionnels qui ont du mal, la formation professionnelle sur des métiers en tension chez nous et quelque chose de très important et le plan que nous avons décliné, nous allons le poursuivre. C’est la raison pour laquelle, j’ai saisi à la demande du président de la mission locale, le président du conseil régional et le président du conseil départemental, a abondé ce manque de ressources qu’ils ont. Le second point est qu’il existe des moyens d’enseignement soit par détachement d’antenne, soit par distance. Nous l’avons connu avant la crise covid avec les MOOC qui permettent de valider des unités d’enseignement universitaire de haute qualité et qui trouvent des débouchés, et grâce à cette période covid nous avons tous découvert la visioconférence et nous pouvions travailler à distance. Cela veut dire que ces antennes à distance dont vous parlez peuvent très bien se faire de la sorte. Et juste un petit chiffre — et cela est à la portée des parlementaires, de voter ou pas un plan numérique, que nous avions voté et que nos oppositions n’ont pas voté — le plan numérique a permis de raccorder à la fibre dans la circonscription plus de 73 000 locaux. C’est 29 700 locaux à Saint-Raphaël et 34 800 à Fréjus. L’arrivée de la fibre permet, au-delà des études, de sédentariser une jeunesse qui est demandeuse de cela. Reste aux élus locaux d’apporter une offre pour garder la jeunesse notamment en matière culturelle. Le pass culturel que nous avons fait et que nous allons reconduire et étendre est aussi un vecteur pour permettre à des jeunes de rester ici plutôt que d’aller dans d’autres villes comme vous le disiez. Sur les deux ou trois choses qui ont été dites par les autres candidats, le docteur Maurin — et je l’en remercie — parlait de la création d’une université de la mer. En 2014, lors des municipales cela était écrit noir sur blanc et bien repris par la presse et vos journalistes ici. J’avais proposé qu’on fasse une université de la mer Fernand Braudel et Jacques Cousteau : c’est-à-dire un côté ethnologique qui nous permettait de développer nos étudiants en archéologie, en histoire de la méditerranée et une université des sciences de la mer de Jacques Yves Cousteau. Et comme le disait Julie Lechanteux, je proposais à ce que la base nature puisse accueillir cela. Je m’en suis même ouvert avec le maire en lui disant qu’une fois élu, s’il voulait être dans ce programme j’étais fana et j’avais proposé le de vous aider à le développer. Malheureusement, cela ne dépend ni de la collectivité ni de l’État. Vous l’avez dit, vous n’avez pas eu de réponse favorable de l’État, mais depuis la loi de l’autonomie des universités que madame Pécresse avait faite lorsqu’elle était au gouvernement, il y a aussi les régions et cette affaire ne peut pas être la volonté de l’un ou de l’autre, mais la volonté aussi d’autres collectivités locales dont la région. Il faut savoir que cela représente un coût qui ne pourra peut-être pas être aligné avec toutes les autres augmentations de budget que nous réclamons par ailleurs sur l’éducation nationale, sur la justice, sur l’hôpital. Ce sont des vœux, qui à mon avis, aujourd’hui pour obtenir une université d’enseignement supérieur, vont être difficiles à réaliser et c’est pour cela qu’il vaut mieux se concentrer aujourd’hui et dans l’immédiat pour avoir des réponses rapides sur la formation et l’enseignement à distance.

 

Joël Hervé : Un petit peu à la marge, c’est bien de faire des études supérieures, mais pour en faire il y a avant les études secondaires et il faut qu’au niveau du primaire cela se passe dans de bonnes conditions. Je pense qu’on peut en dire quelques mots. Cela interpelle les gens qui sont déjà députés : on a en France les classes les plus chargées de l’Union européenne avec 25 à 30 élèves. Face à cela, les enseignants dont la formation professionnelle a été supprimée par Sarkozy en 2008, les plus récents en poste depuis une quinzaine d’années sont relativement démunis, c’est-à-dire qu’une fois qu’ils ont obtenu leurs masters 2 ils sont arrivés directement dans les classes et dans mon travail quotidien j’avais à participer à une sorte de formation continue pour les préparer au travail. Donc les enseignants ne sont pas responsables, ils ne sont pas coupables, mais ils subissent cela et en souffrent. Mais qu’a fait cette majorité pendant cinq ans pour remédier à ce problème ? À mon avis rien. La seule chose qu’on a faite c’est un écran de fumée en nous disant qu’il y aura des classes de 12 élèves dans les ZEP. Alors effectivement cela touche 4,9 % des élèves de France, mais que se passe-t-il pour les autres 95,1 % ? On ne le sait pas et les résultats sont corrélés très exactement à la suppression de la formation des enseignants. Sinon regarde les courbes elles se suivent. Alors maintenant on dit que nous avons des résultats catastrophiques. Alors effectivement, dans un CM1 en mathématiques aux épreuves TEAMS, on est 32e sur 33 avec seulement le Chili derrière nous. Dans le même temps, si on regarde les dépenses par élève, nous sommes très loin de tous les pays de l’OCDE. C’est la catastrophe. Or, comme le dit fortement notre député actuel, c’est le député qui vote les lois. Mais alors qu’avez-vous donc fait pour que cet enseignement fonctionne dans de meilleures conditions et se retrouve au moins au niveau de l’OCDE ou au moins dans la moyenne de l’UE ? Nous n’en sommes pas là. Alors nous proposons qu’il y ait un recrutement des enseignants qui soient au niveau de la licence et non pas en master 2 et qu’ils aient une formation professionnelle de trois ans dans des centres dédiés, soit un bac +6 qui correspond tout à fait à ce qui est nécessaire, de façon à ce que soit des professionnels qui prennent en charge les enfants. Parce qu’apprendre à lire à un enfant tout seul, presque tout le monde peut y arriver, à deux élèves aussi. À cinq ou six élèves, ça devient un peu plus compliqué. À 25, lorsqu’il y a des enfants qui ont des écarts de fonctionnement intellectuel différents, c’est très complexe. C’est un métier très complexe, et c’est un métier qui s’apprend. Or on ne l’apprend pratiquement plus. Imaginez que nous fassions pareil avec un chirurgien dentiste : qu’après l’obtention d’un master 2 en physique des matériaux, on peut pratiquer ! Le premier patient sortirait avec la bouche en sang et les lignes bougeront. Mais dans les écoles, à partir du moment où l’enseignant est sympa et que cela se passe bien avec les élèves, alors on ne dit rien. Du moment que les classes ne bougent pas, ça va. Mais quand on regarde les résultats et les difficultés d’enseignement, je me demande ce qu’ont fait ces députés de la majorité pour donner de l’argent à l’école. Avant-dernier au niveau des budgets et dernier au niveau de l’effectif par classe et dans le même temps des enseignants sous-payés. Ça, c’est en amont, mais cela fait partie des problèmes des campus.

 

Philippe Michel-Kleisbauer : très brièvement en deux minutes comme nous devons le faire à l’Assemblée nationale. Tout d’abord, et je vous remercie de l’avoir dit, nous avons fait le dédoublement des classes élémentaires dans les zones d’éducation prioritaire et j’espère que vous poursuivrez cette politique si vous êtes élu, parce que le but était de commencer à l’échelle et de diviser par deux les classes dans tous les âges et ce programme est soumis au vote des députés. En revanche, en ce qui concerne les programmes, tout à l’heure c’était abordé dans les mathématiques, ou — et ce n’est pas abordé — la présence ou non dans les livres d’histoire du Général de Gaulle, ce sont des débats internes à l’éducation sur lesquels nous nous ne pouvons pas agir. Vous nous reprochez que le budget de l’éducation était le dernier. C’est vrai. Notre priorité a d’abord été la défense nationale et la sécurité. Ce sont les deux premiers budgets sur lesquelles nous avons abondé : la programmation militaire 2019-2025, rehaussement des effectifs de police où on est remonté à 12 000 qui avaient été supprimés nous les avons obtenus, et nous avons abondé sur le ministère de la Justice plus de 30 milliards avec des états généraux de la justice qui font qu’aujourd’hui ces états généraux vont aboutir sur un plan de recrutement de 8000 personnes dans la justice plutôt que dans l’enseignement de tous les degrés. Vous pouvez nous le reprocher, c’étaient des choix, nous les assumons et je les assume. L’éducation nationale arrive pendant ce mandat si nous avons le loisir d’être majoritaires avec d’abord l’hôpital, la justice puisque je viens de le dire on est en transition sur ces deux mandats, et l’éducation nationale. On peut nous reprocher de ne pas avoir assez fait, de ne pas avoir fait rapidement, mais j’assume mes choix, j’assume d’avoir voté et élaboré la loi de programmation militaire d’abord et la loi sur la sécurité intérieure ensuite.

 

Julie Lechanteux : Concernant le dédoublement de classe qui est effectivement utile et indispensable. Je le rappelle j’ai été adjointe à l’enfance et l’éducation et j’ai eu l’occasion de gérer ce genre de problématique, il faut se souvenir que le coût revient à la charge des communes qui ont toujours moins de dotation de l’État et qui vont encore baisser à la demande de Macron et c’était également la proposition du parti Reconquête. On demande toujours aux communes de faire toujours plus avec toujours moins. Pour revenir à l’éducation supérieure, c’est donc bien une question de volonté politique. Vous le disiez monsieur Michel-Kleisbauer, la région rentre dans la discussion, le conseil départemental également puisque je faisais parti de la commission enseignement supérieur, et un fait indéniable et incontournable que je disais dans mes propos tout à l’heure, les métropoles absorbent tous les budgets et les infrastructures. Donc il faut que la volonté politique change, s’adapte et rééquilibre tous les territoires. Il est indispensable d’avoir des établissements d’enseignement supérieur sur un territoire aussi grand.

 

Jean Marc Maurin : Je rappelle que le sens de la question était de lutter contre la fuite de la jeunesse. À mon sens, ce n’est pas la visioconférence qui va permettre de le faire, après je ne pense pas qu’un député influence une distribution de la fibre sur son secteur, c’est un programme national.

 

Philippe Michel-Kleisbauer : Non, cela est voté, ce n’est pas fait par les entreprises, mais cela a été voté. Vous avez signé une charte sur ne pas dire des choses qui sont fausses. C’est un plan, le plan numérique a été voté en début du mandat, et l’arrivée de la fibre ne vient que par ce plan.

 

Jean Marc Maurin : alors c’est très bien. Le fond du débat c’est garder notre jeunesse et je pense que pour la garder il faut sur place des formations de troisième cycle. Tout le monde est capable par visio de se former, mais où est le concret, où sont les emplois, où sont les débouchés ? Il faut les garder sur le secteur et sur le territoire. L’université de la mer si tous les élus sont en mesure de le faire, il est difficile de faire des choses certes, mais il faut savoir se battre pour les faire parce qu’il faut prendre connaissance des remontées de terrain et il faut aller dans le sens de la population et dans le sens de la conservation de nos jeunes sur le territoire. C’est le fondement de mon raisonnement.

 

Joël Hervé : Pour rebondir sur ce qu’a dit madame Lechanteux, cette diminution des élèves chez les CP et CE1 est très bonne chose. Ce sont des classes de 13 ou 14 élèves. Ensuite l’évaluation je l’ai cherché. Je connais bien la maison, il m’a fallu 1 h 30 pour trouver les résultats de l’évaluation de cette expérimentation cachée au fond d’un site du ministère. Je l’ai trouvé, le résultat ce n’est pratiquement pas de progrès, même une légère baisse en français ou en mathématiques. Donc on s’interroge. Cela a coûté une somme conséquente. Le seul intérêt que j’y vois c’est que cela a allégé un peu la journée des enseignants qui étaient moins fatigués en fin de journée, mais ce n’est quand même pas ça l’objectif. Pourquoi avoir fait cela spécifiquement sur les ZEP. Il faut les aider, mais des QI de génie il y en a dans les ZEP, dans les campagnes, dans les villes ordinaires et dans les métropoles. Des élèves en difficulté il y en a aussi dans les ZEP, les campagnes, etc. Donc c’est bien une adaptation de l’enseignement à travers une formation professionnelle des enseignants qui doit être mise en place au niveau national de façon à traiter la totalité des enfants.

 

Baptiste Laroche : Je rebondis rapidement sur la question du primaire. Vous parlez beaucoup d’argent, mais c’est aussi une question de recentrer l’enseignement sur les savoirs fondamentaux. Aujourd’hui il y a beaucoup de dispersion dans les écoles, mais si on recentre l’enseignement sur les savoirs fondamentaux on peut vraiment et sérieusement former une génération.

 

Jean Marc Maurin : Je rebondis sur les propos de monsieur Hervé, nos classements au niveau de l’éducation sont catastrophiques, 23e sur 79 dans le classement pisa, le programme international du suivi des acquis. Nous sommes très mauvais, en premier on retrouve des pays d’Asie et d’Europe de l’Ouest. Nous avons régressé, 40 % de nos enfants n’ont pas la pleine possession des capacités de lecture à la sortie du CM2. On a perdu le sens, en trente ans vouloir aller sur le tout mathématique a été une contre performance. Il y a de moins en moins de candidats qui arrivent dans les écoles d’ingénieur, c’est un échec à ce niveau-là. Notre système d’éducation est un échec tel qu’il est pensé, conçu et appliqué. Nous devons absolument le réformer et le transformer pour apporter le meilleur pour nos enfants.

 

Joël Hervé : monsieur Maurin, cette difficulté a maintenir les niveaux par rapport à nos voisins européens a démarré en 2008 ou 2009. Je vous assure, regardez bien pisa : diminution des budgets, arrêt de la formation des enseignants, résultat des élèves. C’est bien Sarkozy qui a mis cela en place, vos amis.

 

Jean Marc Maurin : il est donc temps de changer avec nos nouveaux amis.