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Frédéric Masquelier : « qui est responsable ? »

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Face aux dernières nouvelles de l’hôpital de Draguignan dont le service des urgences ferme la nuit, Frédéric Masquelier monte au créneau, dénonçant la notion de « solidarité territoriale » dans le domaine de la santé qui, selon lui, est surtout l’affaire de l’État.

 

La situation des hôpitaux en France est de plus en plus critique. Sur notre territoire, les conséquences deviennent dramatiques : l’hôpital de Draguignan a décidé de fermer son service d’urgence de nuit faute de personnel, l’hôpital de Gassin est toujours sous la menace de la fermeture de son service de maternité. Face à cela, des élus locaux qui ne peuvent que constater l’ampleur des dégâts.

 

Richard Strambio, maire de Draguignan et président de Dracénie Provence Verdon Agglomération (DPVA) a partagé la situation et son avis face à cette situation chez nos confrères de Var Matin. Du côté d’Esterel Côte d’Azur Agglomération, Frédéric Masquelier, président de la communauté d’agglomération, tout en soulignant son soutien à DPVA, a souhaité mettre le doigt sur la problématique initiale : il ne faut pas se tromper de responsable.

 

Un constat qui date

 

En tant que président du conseil de surveillance de l’hôpital intercommunal Bonnet, Frédéric Masquelier avait déjà fait à son arrivée au siège un constat alarmant : « Le combat pour l’hôpital et la qualité des soins est un combat ancien. Depuis que je suis maire j’ai eu à plusieurs reprises l’occasion de m’exprimer à ce sujet. Je me suis indigné à mon arrivée au conseil de surveillance, de voir la qualité du matériel de l’établissement, le manque de personnels. Je me suis aussi indigné de constater que des personnes meurent dans des conditions indignes. Ceci a fait réagir l’ARS qui s’est engagé dans un vaste programme de rénovation du CHI Bonnet, notamment du service des urgences », raconte l’édile avant d’ajouter : « face au COVID, j’ai eu l’occasion de relever d’autres problématiques notamment au niveau de la sécurité. L’hôpital réagit et travaille pour améliorer ce point en ce moment même ».

 

La solidarité territoriale n’existe pas en matière de santé

 

Si la situation est « extrêmement compliquée » à Fréjus/Saint-Raphaël, le président d’Estérel Côte d’Azur Agglomération rappelle que le problème touche tous les hôpitaux : « J’avais exprimé ma solidarité pour Draguignan lorsqu’il y a deux ans l’ARS voulait fermer leur service de réanimation et heureusement que ce dernier n’a pas fermé au vu de la pandémie qui a suivi. Je me suis aussi opposé au projet de fermeture de la maternité de l’hôpital de Gassin. Mais si nous devons être unis, je tiens à rappeler que la solidarité territoriale est un concept qui n’existe pas en matière de santé. Elle est nationale, c’est une affaire d’État », pointe du doigt Frédéric Masquelier. Selon lui, « le député Matras a le premier évoqué la solidarité territoriale, pour éviter d’impliquer l’État. La situation est presque pire qu’elle ne l’était avant la crise. Ici, la logique est financière. L’absence d’attractivité des hôpitaux comme celui de Draguignan, repose, entre autres, sur le fait que l’Intérim est plafonné à un montant ridicule. Cette question de solidarité territoriale induit une mise en concurrence indirecte entre les collectivités : celles qui seraient les bons élèves solidaires, et les autres. Dans le cadre de la santé, la solidarité est nationale, et non entre villes ou agglomérations. L’échelon est encore une fois inadéquat » avant de rappeler que les communes de l’agglomération ont injecté entre 700 et 800 000 euros sur la période COVID pour les centres de vaccination : « Je ne veux pas tomber dans le risque de nous exposer à cause des défaillances de l’Etat, malgré les grands engagements qui ont été pris dans nos communes ».

 

La technocratie contre les élus

 

L’édile de la ville de l’Archange dénonce le désengagement de l’État en matière de santé : « c’est tout le problème d’une société où le véritable pouvoir est détenu par des fonctionnaires qui ne font qu’appliquer ce qu’on leur a toujours appris à faire, c’est-à-dire mettre tout le monde sous la même toise. C’est tout le problème de l’égalitarisme ».


Dans cette situation, Frédéric Masquelier dénonce le fait que l’État n’implique pas assez les élus locaux : « Il n’y a pas de vision. Les élus sont tenus à l’écart des décisions nationales pour les hôpitaux. Les élus n’ont pas été convoqués aux GHT (Groupements hospitaliers Territoriaux) depuis 4 ans. Ce sont des positions anciennes dans le cadre de la bureaucratie sanitaire. Il existe des dizaines de réunions entre directeurs à l’échelle du département, quelques réunions avec des médecins et aucune avec les élus. Cela montre bien l’entre soi technocratique où l’usager n’est jamais évoqué, et des directeurs raisonnent de manière purement financière, car leurs carrières en dépendent ».


Résultat : une direction qui ne tient pas compte du tissu local. Selon le président du conseil de surveillance, cette politique conduit à « des situations qui ne peuvent que se dégrader. On n’investit pas alors que la seule manière de sortir de cette situation c’est de réinvestir dans les hôpitaux. Depuis des années nous demandons un PET-Scan que l’ARS nous refuse au motif que des cliniques privées des Alpes-Maritimes pourraient peut-être protester. On nous reproche de ne pas faire assez de recettes alors qu’on ferme plus de 35 lits, qu’on ne nous donne pas de matériels performants et que, de surcroît, des spécialités plus rentables comme la cardiologie ont été déplacées dans d’autres départements. Nous avons exprimé la nécessité de renforcer un certain nombre de postes. Nous avons un seul neurologue que nous partageons avec Cannes alors que l’AVC est la première cause de mortalité. En réglant des problèmes de santé du quotidien, nous ne pouvons pas être comparés à des hôpitaux gérant des problèmes de santé plus complexes ».


Texte et photo par Ibrahim Berbar