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Frédéric Masquelier, « J’ai peur que le système craque et que nous arrivions à un arrêt des urgences »

Frédéric Masquelier, président d’Estérel Côte d’Azur Agglomération et président du conseil de surveillance du CHI Bonnet tire la sonnette d’alarme à propos des urgences. Et ne manque pas de rappeler l’État et l’ARS à leurs responsabilités.

 

/ Quelle est votre position sur la situation des urgences du CHI Bonnet ?

Ce que nous avons pu voir sur le journal de France 2 donne une image exécrable pour la ville, l’agglomération et pour l’hôpital lui-même, il y a donc une nécessité de réagir. Ce sont des images que l’on pourrait retrouver dans des pays en voie de développement et il est inadmissible de voir des urgences avec des dizaines de brancards, des gens qui attendent des heures et ceci en dehors de toute dignité humaine. Sans compter, comme l’a souligné le corps médical, cette moins bonne prise en charge, voir des risques de mauvais traitement médical et tout ceci expose l’hôpital à des responsabilités qui pourraient être d’ordre pénal. Tout ceci est extrêmement grave. Il y a une nécessité de prendre des mesures rapides et distinctes du projet des urgences pour lequel on attend une réponse définitive au mois de mars.

/ Vous avez provoqué une réunion extraordinaire hier soir (lundi 9 janvier) du conseil de surveillance. Qu’en est-il ressorti ?

J’ai convoqué un conseil de surveillance exceptionnel élargi puisque les directeurs de pôles étaient aussi présents, les syndicats, de même que l’ARS. Nous avons donné la parole à chacun et il en est quand même ressorti qu’il s’agissait principalement de problèmes organisationnels pour lesquels on peut apporter une solution. Si l’on donne un ordre de grandeur, la problématique des urgences, c’est une vingtaine de lits. Il faut un soignant derrière chaque lit avec une prise en charge médicale. Pour l’ensemble de l’hôpital, il y a plus de 300 lits et 1 500 personnels qui y sont rattachés. Il peut donc y avoir une solution pour la prise en charge de 25 lits. Cela nécessite des efforts de réorganisation avec la Dracénie, puisque tout ceci provient de la fermeture des urgences (de nuit, ndlr), de Draguignan. On attend des efforts de la part des médecins de la Dracénie. Il y a également un service qui doit se libérer, ce qui permettra de récupérer huit lits. Et il y a sûrement une meilleure organisation à prévoir entre les lits programmés et les non-programmés. Il ne s’agit pas d’opposer les deux, parce que nous avons besoin des deux. Mais il faut que chacun fasse des efforts.

/ On s’oriente donc vers une réorganisation à court terme ?

Elle doit intervenir à court terme et le projet doit intervenir à moyen-long terme. J’attends que ce soit très rapide, puisque ce sont des décisions organisationnelles. J’attends des décisions, plus des paroles, et nous avons une réunion dans trois semaines pour faire un point sur l’état d’avancement des mesures qui doivent être prises. Et si ce n’est pas pris, j’ai peur que le système craque et que nous arrivions à un arrêt des urgences. Ce qui serait tout à fait inacceptable. 

/ À quel niveau pouvez-vous intervenir en tant que président de l’agglomération et du conseil de surveillance ?

Le président du conseil de surveillance n’a pas un rôle décisionnel, on n’a pas de pouvoir effectif. On a un pouvoir d’animation, de rassemblement de l’ensemble des compétences, et on peut être un porte-parole. Et surtout, le président du conseil de surveillance représente la part élue et l’ensemble des citoyens, des usagers, des patients de l’hôpital, soit près de 116 000 habitants et près de 300 000 l’été. Et je ne manque jamais de dire à la bureaucratie hospitalière et l’ARS qu’il convient de prendre en considération le patient qui doit être au cœur de la politique hospitalière. Lorsque l’on voit ce type de situations, personne ne pense que vous avez une bonne prise en charge hospitalière dans ces conditions. D’autant qu’il y a aussi une grande souffrance du personnel. Ils sont tous presque au bord du burn-out, ce sont des gens courageux qui ne baissent pas les bras et nous avons beaucoup de chance que le service des urgences n’a pas déjà fermé. Ça tient à la ténacité de quelques personnes, dont le docteur Jammes, dont je salue l’action, donc il nous incombe de les soutenir, de les représenter et de faire des propositions, et là, je mets quelques propositions en terme d’organisation en considérant que c’est tout à fait soluble lorsqu’on voit les ordres de grandeur si chacun y met du sien et fait les efforts.

/ Avez-vous le sentiment que vos prises de position portent leurs fruits, puisque ce n’est pas la première fois que vous prenez la parole à propos de problèmes au CHI et surtout aux urgences ?

Malheureusement, nous sommes dans un système qu’il faut toujours maintenir sous tension dans la mesure où nous constatons l’une des tendances naturelles de toute cette bureaucratie. Car l’hôpital est l’organisation la plus bureaucratique qui soit, à tous points de vue, par rapport à un langage, des acronymes, une multiplication des commissions, une politique décidée d’en haut, des politiques qui changent en permanence, l’art de tout changer sans rien changer, avec personne qui n’est responsable, c’est ça la bureaucratie hospitalière. Et le fait de pouvoir dénoncer ça, c’est essayer de faire sortir chacun de sa zone de confort administratif pour amener à chaque fois d’autres réflexions avec d’autres critères, celui des soignants, celui des patients, du personnel et d’essayer d’établir des rapports de force absolument nécessaires pour que le système ne tourne pas par lui-même et pour lui-même, mais se recentre davantage vers ceux qui doivent en être au cœur, à savoir les usagers. 

/ Des rencontres avec la Dracénie et l’ARS sont-elles au programme pour faire bouger les lignes ?

Aujourd’hui tout le monde connaît le problème, donc il faudrait que ceux ayant le pouvoir de décision prennent les mesures nécessaires, qu’on ne joue pas constamment à se renvoyer la balle les uns les autres sous le prétexte de concertations, de réflexions menées, mais qui sont autant de prétextes pour ne pas prendre de décisions. Il faut aussi un peu de courage lorsqu’on a le pouvoir de changer les choses et j’invite les tutelles à prendre un certain nombre de décisions qui permettront une fois pour toutes de régler ces problèmes organisationnels qui sont très préjudiciables à l’hôpital et l’image de notre territoire.

/ L’agglomération a-t-elle des possibilités concrètes d’apporter une aide à l’hôpital ?

Elle l’a déjà fait, que ce soit avec la crèche de l’hôpital, car c’est l’agglomération qui la fait fonctionner, plus de 3,5 millions ont été versés pour que l’hôpital ait un parking, donc je crois que l’agglomération a répondu présente à chaque fois. Par contre, c’est une compétence directe de l’état et ce n’est pas aux contribuables locaux de participer au fonctionnement de l’hôpital. Ça ne se fait nulle part en France et ça ne doit pas se faire. C’est à l’état d’assurer le fonctionnement des hôpitaux. 

 

À RETROUVER DANS NOTRE PROCHAINE ÉDITION, UN ARTICLE SUR LA SITUATION AUX URGENCES DU CHI BONNET, DÈS CETTE SEMAINE

 

Romain Chardan – Photo : R.C.