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Agricola : le conquérant modéré

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Il est sans doute le personnage historique, natif de Fréjus, ayant eu un impact le plus marquant dans l’Histoire. Militaire, commandant, homme politique, le Général Agricola a marqué de son empreinte l’Empire Romain et reste aujourd’hui encore le conquérant de la Bretagne.

Lorsque l’on regarde les personnalités nées à Fréjus, nombreuses sont celles à avoir un lien avec le monde sportif ou politique. L’art et la culture sont aussi représentés. Mais lorsque l’on plonge dans les tréfonds de l’histoire locale, que l’on remonte presque à la création de la cité fréjusienne, un nom revient. Un nom que tout le monde connaît. Mais pas forcément pour la personne qui l’a porté. Il faut dire qu’une place porte son nom. La place Agricola.

Dans un de ses recoins, non loin de la chapelle Saint-François de Paule, une statue s’élève. On croirait presque à un monument impérial. Ç’aurait pu l’être, si l’histoire en avait décidé autrement. La gloire accompagnant cette statue n’en est pas moins importante. Car Cnaeus Julius Agricola fait partie des plus grands généraux de l’Empire Romain.

« Agricola occupe une place assez importante dans l’histoire romaine car il a été le conquérant de la Bretagne (l’actuelle Angleterre, NDLR). Et c’est après sa mort que d’autres généraux et préfets vont, petit à petit, perdre l’avantage qu’il avait acquis, ce qui amènera ensuite à la construction du mur d’Hadrien« , explique Jacques Carle, professeur émérite de français et membre de la Société d’Histoire de Fréjus. 

Né à Fréjus, formé à Marseille

S’il est devenu l’un des plus grands conquérants de l’époque antique, Agricola est d’abord passé par les différentes étapes du cursus honorum (parcours des honneurs). Après sa naissance dans la « remarquable colonie de Fréjus« , comme l’écrit Tacite dans « La vie d’Agricola », en 40 après Jésus-Christ, c’est à Massilia que le futur général va faire ses études universitaires.

Non sans avoir été formé au préalable dans la cité fréjusienne. Ce n’est qu’ensuite qu’il se dirige vers une carrière militaire. « Il la débute assez jeune« , précise d’ailleurs Jacques Carle. Incorporé dans la légion commandée par Suetonius Paulinus, il découvre alors la Bretagne lors du premier de ses trois séjours sur place. Ce n’est qu’après cet épisode formateur qu’il embrasse le cursus honorum et sa carrière politique. « Son père, Julius Grecinus, était sénateur (il fut mis à mort par l’empereur Caligula, NDLR). Agricola a passé chaque étape du cursus honorum, devenant d’abord questeur en Asie, avant d’être nommé tribun puis prêteur » rappelle Jacques Carles.

Soutien de Vespasien lors de l’année des quatre empereurs, il retire le bénéfice de ce choix lors de l’accession au trône de ce dernier, recevant en récompense le commandement de la 20e légion, basée en Bretagne. 

Conquérant et pacificateur

« C’est avec cette nomination qu’il a pu prendre son élan et faire étalage de ses qualités de chef militaire. L’impact de la campagne en Bretagne est à la fois militaire et administratif. Il fallait conquérir, mais aussi savoir séduire et pacifier ces régions« , souligne l’ancien enseignant du lycée Albert Camus. Mais c’est réellement lors de son troisième passage en Bretagne, lorsqu’il y est nommé gouverneur, qu’Agricola va écrire sa légende. Car c’est, notamment, grâce à lui et ses succès que l’on découvre alors que la Bretagne est une île.

« C’est son passage le plus important. Il conquiert quasiment toute la Bretagne et il y a notamment la bataille l’opposant à Calgacus, chef des calédoniens (actuelle Écosse), dont il sort victorieux. Cette défaite de Calgacus sonnait alors la conquête totale de la Bretagne pour Rome« , précise Jacques Carle. Chef éclairé, sachant user de son autorité sans en abuser, Agricola est finalement rappelé à Rome par Domitien, devenu Empereur en 81.

Dépeint comme paranoïaque et potentiellement jaloux d’Agricola par l’historien Tacite (qui était le gendre d’Agricola), Domitien manque alors de « sens politique, car il empêche Agricola de pacifier complètement la Bretagne. Mais Domitien était plus préoccupé par sa propre image que par celle de l’Empire Romain grandissant« , note Jacques Carle.

S’il peut s’inscrire dans la lignée d’un Jules César, notamment du point de vue militaire, il diffère cependant de lui dans son ambition politique, bien moins développée que celle de celui qui n’hésita pas à franchir le Rubicon. De retour à Rome vers 85, on lui fait l’honneur de lui ériger une statue, mais il rentre en catimini, de nuit, évitant la foule et une arrivée publique. Il refuse des propositions de proconsultats, notamment en Asie, et meurt quelques années plus tard, en 93, dans l’année de ses 54 ans. 

Par Romain Chardan

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Si la statue d'Agricola date de 1986 et a été réalisée par Jean-Marie Luccerini, il en existe une autre, en Angleterre, aux thermes de Bath, des bains publics romains relativement bien conservés.

Article paru dans le numéro 1 de L'Horizon

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