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Jean Cayron, « Sa politique est de me faire virer de la mairie de Roquebrune avant la fin du mandat »

Jean Cayron, le maire de Roquebrune-sur-Argens, a publié un édito au vitriol dans le numéro de septembre du magazine municipal Roq’Info. Pour L’horizon, il revient sur son choix, assumé, et ne mâche pas ses mots à propos de Frédéric Masquelier, président d’Estérel Côte d’Azur Agglomération. Entretien sans filtre.

 

Pourquoi cet édito assez musclé, autant sur votre opposition que l’agglomération ?

C’est pour informer la population de notre positionnement sur l’agglomération, c’est tout. Ce n’était pas une attaque, les administrés roquebrunois sont censés savoir ce qu’on fait à l’agglomération et ça n’empêche pas les projets. Je suis contre le PLUI, depuis le début, c’est pour ça que ça n’a pas été pris en compte alors qu’au départ ça devait l’être, même si après ça a été voté contre à l’unanimité. Le projet de rapprochement avec Cannes est un projet qui ne m’intéressait pas, on était aussi parti sur un autre dossier, à savoir le nom Estérel Côte d’Azur, qui ne me plaisait pas du tout. Et quand on dit qu’on a un pacte de gouvernance et qu’on va gérer à 5, prendre des décisions unilatérales… On nous dit qu’on travaille sur un nouveau nom, j’avais fait des propositions, que j’avais envoyées, il m’avait dit qu’on verrait, qu’il le prendrait en compte, mais rien n’a été pris en compte, ils ont décidé eux-mêmes, donc voilà. J’ai dit dès le départ, au début de mon mandat, que Roquebrune ne serait pas la variable d’ajustement comme elle l’avait été lors des années précédentes. Je ne me laisse pas marcher sur les pieds, même s’ils ont la majorité entre Fréjus et Saint-Raphaël, il n’est pas question qu’on se laisse piétiner. Et quand j’entends madame Aurore Laroche qui fait de la pub à tout va dans le secteur et qui est l’exact inverse de ce qu’on prône dans Grand Site de France… Quand je parle de tourisme de masse, on l’a de fait, mais ce que je veux, c’est que les gens viennent entre les vacances de Pâques et celles de la Toussaint, pour faire vivre les commerçants, parce qu’on ne peut pas faire vivre que les campings. Et c’était pour rappeler, un peu aussi pour rebondir sur ce que disait monsieur Didier Lemaitre, sur les réseaux sociaux. C’est mon droit de réponse et en l’occurrence, je n’irais pas titiller quel que maire que ce soit sur un édito, qu’il soit un peu piquant ou autre. de quoi je me mêle, qu’il s’occupe de son édito à lui, de sa majorité, et qu’il vienne pas m’enquiquiner sur Roquebrune, ça le regarde pas. S’il se prend pour le roi Baudouin, c’est son problème.

Là vous parlez de Frédéric Masquelier ?

Oui. Par rapport à ce que j’ai écrit dans l’édito sur l’agglomération, il part du principe que je devrais me taire, mais je ne me tais pas. Ça ne remet pas en question les projets avec l’agglomération, qu’il ne m’emmerde pas sur mon édito, il n’est pas maire de Roquebrune que je sache.

Vous avez eu des retour sur votre édito émanant de lui ?

Bien-sûr puisqu’il a retiré les délégations à Mme Bouvard et Mr Besserer, donc au bout d’un moment ça va (Frédéric Masquelier nous a également confirmé qu’il avait retiré leurs délégations aux deux élus roquebrunois jusque-là vice-présidents d’Estérel Côte d’Azur Agglomération, ndlr).

Il y a eu les communiqués, une première version puis une deuxième reprise par les services de la ville (il coupe)

Lesquels ? En fait, Madame Bouvard en a écrit un premier et qui a été rejeté par l’agglomération, par M. Masquelier et M Chieze, et ils ont refait un communiqué eux. Un communiqué où il est écrit qu’on désavoue M. Cayron, ce qui est inacceptable. Dans quel pays un président d’agglomération ou quoi que ce soit réécrit, prend la plume de gens qui ont écrit pour remanier à sa sauce, je rêve, je n’en peux plus de ce type-là.

Donc le communiqué envoyé en premier, aurait été écrit non pas par Mme Bouvard et Mr Besserer mais par le président de l’agglo ?

Ah ben c’est clair oui, il a été tripatouillé, peut-être pas par le président de l’agglo, mais par M. Chieze, et ils ont demandé à M. Besserer de vous l’envoyer, et lui avait la frousse de perdre sa délégation, donc pour moi, ça s’appelle des menaces ça. 

Sur le fait de signer l’édito en attaquant ou en piquant l’agglomération, est-ce que ça ne risquait pas de mettre en porte-à-faux vos élus au sein de l’agglomération avec des délégations ?

Quand on est normalement constitué, alors en France, on ne peut plus rien dire ? On est attaqué tous les jours, on nous envoie des courriers tous les jours pour nous dire “la déchetterie du col du Bougnon n’aura plus lieu”, “la Rosalie on sait pas si ça…”, non mais il faut arrêter. On a des projets avec l’agglomération, on a un pacte de gouvernance où on a mis le front de mer et la maison des terroirs, ça ne bougera pas, mais il faut qu’on arrête de nous emmerder et de nous dire ce qu’on doit faire.

Aviez-vous prévenu vos élus de cet édito qui, du fait de leur position à l’agglomération, pouvait les mettre en porte-à-faux ?

M. Masquelier l’a pris pour lui, mais ce n’est pas pour lui. Il le prend pour lui, c’est son problème. Ça dépend aussi du personnage qui est en face.

Dans l’édito, lorsque vous évoquez « celui dont on ne doit pas prononcer le nom » 

(Direct) Il s’agit de monsieur Jousse (ancien maire de Roquebrune-sur-Argens, ndlr).

Parce que certains pensaient justement que vous parliez du président Masquelier ?

Absolument pas, j’aurais mis Masquelier, ne vous inquiétez pas. Après, chacun fait sa politique, je ne regarde pas ce qu’il fait avec M. Rachline. Ils ont décidé d’avoir une politique commune sur Fréjus-Saint-Raphaël, pour que ce soit un modèle de collectivité on va dire, donc on ne peut pas me reprocher d’être ami avec des élus de la région alors qu’il est, entre guillemets, ami avec M. Rachline. On va arrêter, au bout d’un moment, moi je ne suis pas un vilain petit canard. J’essaie de récupérer de l’argent pour ma commune, mais je ne traite  pas les élus de la région de vieux crocodiles dans un marigot. D’accord ? Donc quand il dit ça, il se fait taper dessus et il ne faut pas qu’il s’étonne. Quand Muselier lui répond, il est cinglant. Moi j’aurais pas le droit d’écrire ? Faut pas rigoler.

Si les deux élus de votre majorité perdent leurs délégations, quelles conséquences pour la commune au niveau de l’agglomération ?

A part un crime de lèse-majesté, blesser monsieur Masquelier, est-ce que vous pensez que les projets d’une commune de 15 000 habitants ne vont pas être pris en compte ? Pas une minute. Quand il traite M. Muselier, M. Falco ou M. De Canson, de vieux crocodiles, est-ce qu’il s’est rappelé avant de dire ça que ce sont eux qui financent les projets de l’agglomération ? Est-ce qu’il en a tenu compte ? Parce qu’il sait très bien qu’ils ont le sens de l’intérêt général.

Donc vous misez sur son sens de l’intérêt général ?

J’espère qu’il sera intelligent pour comprendre ça, sinon moi je lui rappellerai. 

Suite à ces deux versions de communiqué envoyées, est-ce que ça peut avoir un impact en interne au sein de votre conseil municipal  pour vos élus ?

Je ne maîtrise pas tous mes élus, je ne suis pas un tortionnaire comme certains de mes voisins, mais en tout cas, j’ai discuté avec Martine Bouvard encore ce matin, tout se passe très bien, et si vous voulez tout savoir, et je vois demain (samedi) M. Besserer parce qu’il travaille aujourd’hui (vendredi). Donc pour l’instant, il n’y a pas d’incidence. Simplement, s’il leur retire leurs délégations, comme c’est apparemment le cas, on redistribuera nos délégations entre nous à la mairie de Roquebrune. On est suffisamment intelligent pour faire ça.

Doivent-elles automatiquement aller à des élus roquebrunois ?

Il pourrait très bien ne pas nommer de vice-présidents. Vous êtes vice-président parce que vous avez des délégations. Donc dans un premier temps, il va leur retirer, il leur a retiré par arrêté, et au prochain conseil communautaire, il demandera le vote de retrait de leurs vice-présidences. Mais ce serait l’idéal pour moi qu’il nomme M. Tissier vice-président, ça montrerait quelle politique fait M. Masquelier. Parce que sa politique est de me faire virer de la mairie de Roquebrune avant la fin du mandat. Ça, c’est sa vraie politique. Parce qu’on est des électrons libres, il l’a dit à plusieurs reprises, il a horreur de ça, il veut des gens sous sa coupe, et moi je ne serai pas sous sa coupe. Je ne ferai pas allégeance à ce genre de type ou à qui que ce soit, ce n’est pas dans ma nature. Et je n’oublierai pas que ces gens là ne voulaient pas que je sois élu, à part Liliane Boyer, et les maires du pays de Fayence, mais eux ne voulaient pas. Au bout d’un moment, il faut dire les choses, et quand on commence à vouloir mettre la zizanie dans mon conseil municipal, je montre les dents. Et il n’a peut-être pas fini de les sentir. Et qu’on sache bien une chose, je ne suis pas esseulé, je compte de nombreux soutiens. 

 

Propos recueillis par Romain Chardan – Photo : Archive T.L.

 

À retrouver dans notre prochaine édition, le point complet et les réactions des différents acteurs de ce dossier. En kiosque le jeudi 8 septembre.